LA VOIE OCÉANE

LA VOIE OCÉANE




Océaniques I




                     Terre


Comme une larme dans la nuit





Vieil arbre
Aux profondes racines
Dans le secret des terres
Tu puises ta passion
Immuable






Bras de la mer
Brise de sel
Tu sens le large

Vague craintive
Ou vague folle
Tu frôles l'horizon

Souviens-toi des marins






Équinoxe intérieur
Tu déchires les jours
Par tes vents insensés
Équilibre de fou
Tu brises nos raisons






Frisson de pierre
Dans une nuit de brume
La terre a doucement frémi
Réveillant quelques rocs assoupis
Aux cassures millénaires

Ta mémoire a vibré






L'ombre du temps
S'est posée
Ce soir

Ombre de ton désir

Les nuits sont si profondes
Lors tu vacilles
Encore






Partir à travers toi
Suivre de douces pentes
Et glisser tièdement
Dans le creux de tes bras






Voilier des songes
Oiseau de brume
Lune éternelle
Comme une pluie étincelante
Au coeur d'une nuit orageuse
Vagabonde ton âme






Vol inquiet des oiseaux
À l'approche du vent d'automne
Quand les cimes lointaines
Sentent déjà la neige






Roule la lune sur la dune
Et plonge
Dans un creux
Noir de silence





                     Amants


Colonne de mots clefs
Vertébralement droite
Souffle éphémère
D'une syllabe folle
S'enchevêtrent
Oscillant doucement






Matin distillateur des rosées
Lors des sommeils finissants

Sommeil érodé par un jour
Qui grignote la nuit

Rêve qui s'enraye
Lors du premier rayon






Et des vagues de mots
Inconnus
Soudainement déferlent
Dans une autre mémoire

Jadis je les connus ailleurs
J'ai même reconnu des avenirs possibles
Et impossibles
Et des présents multiples





                     Plages


Roulement de la vague
Que lance l'océan
À l'assaut de nos plages
Et qui s'épuise enfin
Recrachant tout le sable
Qu'elle a dû avaler

Efforts tempétueux
Avec l'aide lointaine
Des vents envahisseurs

Mais la plage résiste
Voire s'allonge ailleurs





                     Vague


Riposte partagée
Entre une plage chaude
Et un sombre océan






Apprendre qu'un rire
N'est autre qu'un moment
De folie intérieure
Qui surgit





                     Soir


Allongé
Entre une terre
Profonde et tiède
Et l'infime équilibre
D'une seconde à peine ressentie

Allongé
Entre terre et forêt
Dans un silence
Doucement balancé
Par la brise marine

Allongé mais sentir
L'éclosion d'une vague
Au mileu de l'écume
Légèrement dorée






Longues ondes terrestres
Mêlées à ces regards
Épiant le fond des temps

Une pincée de lettres
Essaimées sur des pierres
Un profil esquissé

Et feindre de résoudre
L'origine






Décliner la mer et le temps
Le temps des origines
Et la mer primitive
Le temps souvent variable
Et la mer agitée
Décliner l'Homme et la Terre






Encre marine
Tu creuses cette feuille
D'une houle de mots
Tu traces
Un avenir
À l'absence encor fraîche
Qui glisse dans l'écume
De phrases éphémères






Encre marine
Je te retrouve
Comme un grand fleuve
Charriant parmi les plaines
Mille mots arrachés
À d'immenses montagnes

Encre marine
Comme autant de marées
Vers l'extrême horizon
Tu rejoins des rivages
Antérieurs à nos pas

Encre marine
Tu caches
Ivresse et volupté
En courants innombrables

Encre marine
As-tu acclimaté
L'abîme

Encre marine
Solitaire

Encre marine






Fragmentation des sens
Au plus profond de la mémoire
Tel un calme sillage
Au scintillement d'or
Le soir






Ta vie serpente entre les jours
Et tu frémis parfois
À l'approche du soir
Ivre de désirs fous
Tu te souviens alors
D'un passé improbable
Regard sombre et curieux
Regard triste et pensif
Regard chargé de si grandes fatigues
Regard chargé de si longues caresses
Sur une peau si fine
Regard rêveur et nonchalant
Regard de feu
Regard inquiet






Flocons de sables
Écoutez donc ce long monologue solaire
Comme un écho renvoyé par la mer
Ballotté par le vent
Et enfin oublié un soir sur une plage

Grains de neige
Qui connaissez le vent
Et courez les montagnes
Vous dites vos secrets
Aux sources inconnues
Mais voyez-les couler
Par la plus grande pente
Pour rejoindre la mer

Que leur avez-vous dit






Vibrement de la terre
Si profondément sombre
Vibrure des nuages
Qu'illumine l'orage
Vibrage de la ville
En ses multiples bruits
Vibresse de la nuit
En ses douces ivresses
Infimes vibrations
D'un papillon






Ligne si immobile
Du silence

Intérieur

Terres échevelées
Que ne dément jamais le vent
À chaque escale

À l'embouchure
Des rêves
Non loin des landes languissantes
S'écoulent
Nos vies

Strates impénétrables
Où nous faillîmes
Souventefois
Périr




FIN

:63:

Dernière mise à jour de cette page le 19/03/2007

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