LA VOIE OCÉANE
LA VOIE OCÉANE
Océaniques II
Ohé vieux capitaine
Les marées ont passé
Accrochées à la lune
Et les côtes brumeuses
Ont patiemment senti
Les galets et les sables
Rouler dans chaque vague
Même d'anciens courants
Que tu connaissais bien
Ont frôlé quelquefois
Les ports où tu mouillais
Ohé vieux capitaine
Bois-tu encor ce rhum
Au fond d'une taverne
Songeant à un trésor
Enfoui dans ton île
Ou à la jeune fille
Aperçue sur un quai
Voilà bien des années
J'ai scruté l'horizon
Et j'ai compté les vagues
J'ai attendu les soirs
Aux matins je dormais
Depuis tant de saisons
Le silence des mers
A brûlé mon visage
Les mots ont dérivé
L'écho de tes regards
A glissé sur la houle
Et puis les yeux s'emplissent
En lisière du jour
Des reflets d'autres terres
Tel le flot qui revient enfin infimement
Avec quelques éclats cachés de coquillages
Tels des mots s'échouant
Après un grand naufrage
Oublié
Sur des pages
Inconnues
Au seuil d'une heure tiède
À peine entraperçue
À l'instant incertain
Où frémit le matin
Au milieu du murmure
Des bois et des étoiles
Un rêve chiffonné
Passe
Espace fissuré
Par un temps insensé
Spirales galactiques
Au-delà de nos yeux
Crissement des étoiles
Légèrement courbées
C'est un autre océan
Déposée à la hâte
Le long d'un méridien
Une pincée de rêves
Pour qu'un vent en exil
Par dessus les falaises
Passés les derniers caps
Vers un autre hémisphère
L'essaime au bout du monde
Parfois roule un nuage
Dans les corps et les cœurs
Assombrissant des courbes
Aux parfums longs et chauds
Inquiétude des hommes
Dans un recoin du large
Oublié des marées
Et leurs pensées ondulent
Doucement vers les ports
Soirs lointains et craintifs
Unique flamme vacillante
Et des mots encore étrangers
Mêlés d'ombres et de caresses
Ombres calligraphiques
Dans un souffle nocturne
Et la flamme s'éclipse
Banc de sable aperçu
Comme au matin un rêve
Dernier sanglot de nuit
Dans l'écume
De tes yeux
Endormis
Brève immobilité
D'un geste proche
Avant son craquement
Comme un anneau qui se referme
Comme une onde qui s'éloigne
Et puis s'éteint
Parfois
Dans un ruissellement d'heures
À peine reconnues
Effleure
Déjà sédimentée
Dans un lointain passé
Une pensée
Brin de présent
Dans l'ambre du temps
À redécouvrir
Le temps d'un soupir
Estuaire de mots vers la mer inconnue
Derrière
Chaque nuage
Chaque marée
Chaque bateau
Chaque voyage
Caresses des vagues
Sur des recueils d'écueils
Extase océane
Dans la fraîcheur de ses embruns
Comme une main sur le front
Dans la fièvre des origines
Et des notes s'entremêlent
Des accords se reprennent
Des sons s'entrechoquent
Et des mots surgissent
D'un océan inexistant
D'un big bang poétique
Galaxies d'écriture
Les phrases peu à peu se forment
Le texte s'agrandit
Sans début
Sans fin
Ni centre
Et pourtant le premier mot fut
Mais déjà le point se formait
Après des milliards de lettres insensées
Se croyant l'unique d'un alphabet
Au détour d'une page
On jette l'ancre entre les mots
Parfois
On reste
À la dérive
Entre deux lignes
Vaguement
Aperçues
FIN
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Dernière mise à jour de cette page le 19/03/2007